
Au cours de ces dernières années, la photographie en tant qu'oeuvre artistique a été très sévèrement malmenée.
L'engouement nouveau pour la photographie animalière en particulier a fait naître nombre de vocations et aujourd'hui le titre de "photographe" a perdu un peu de son sens premier.
Si nous sommes tous dans l'absolu capable d'appuyer sur un déclencheur, réussir à retranscrire une belle image ou une émotion n'est pas si facile. Ainsi, une photographie doit bien être considérée comme une oeuvre artistique et comme toute oeuvre artistique, celle-ci possède une valeur financière résultant notamment du temps et des moyens investis par le photographe pour parvenir au résultat final.
Fort de ce constat, la vente des droits d'utilisation d'un cliché se base sur des tarifs établis par des organismes professionels reconnus (tarifs bien entendu adaptables selon les besoins) et il est important de garder à l'esprit que le photographe professionnel n'a, le plus souvent, pour revenus que la seule exploitation de ses images. A force de vouloir tirer sans cesse les prix vers le bas, arrivera inéluctablement le point de non-retour où le photographe professionnel ne pourra plus vivre de son travail...avec quelles images alors les diffuseurs illustreront-ils leurs articles ?.
Comme il ne viendrait à personne l'idée de demander à un sculpteur ou un peintre de céder libremement ses oeuvres, un photographe professionnel ne peut pas et ne doit pas dévaluer sa production.
Je vous invite ainsi à lire sans détours ce cri du coeur de Catherine DELOFEU, fondatrice de l'agence photographique naturaliste BiosPhoto.
Chaque
année le prix des photos baisse, inexorablement. Les raisons sont multiples,
parmi lesquelles l'utilisation généralisée du numérique
et l'idée reçue selon laquelle tout le monde serait capable de
produire de belles images, vient ensuite l'ouverture des photothèques
en ligne avec possibilité d'acheter mondialement, pour finir par l'apparition
des agences de microstocks, euphémisme pour parler de micro prix.
La profession est tellement abasourdie par ces changements, que le Libre de
Droit, frayeur des années 2000, passe pour un vaillant défenseur
du droit d'auteur.
Le but de cette chronique n'est pas de crier au loup, mais plutôt de nous
interroger sur le sens profond de cette mutation et de ses conséquences.
Chaque produit a un coût qui dépend de sa nature même et
en grande partie de la région du monde où il a été
cultivé ou fabriqué. Des citoyens de pays en développement
gagnent pour fabriquer des objets de grande consommation mondiale souvent moins
de 100 US $ par mois. On peut penser que cela est choquant - ou pas - mais ce
dont on est sûr, c'est que ces pays émergents verront sous peu
le niveau de vie de leurs habitants augmenter.
Maintenant regardons la situation de la photo, principalement produite dans
les pays occidentaux, où le salaire minimum moyen est d'environ 1000
€ par mois, par des photographes professionnels qui eux ont vu leurs revenus
chuter de 30 à 50 % depuis 5 ans. Je parle bien sûr uniquement
de ceux qui sont encore photographes. La question qui se pose est de savoir
si il y a encore une place pour la photo ou tout au moins pour les photographes.
Seraient-ils, comme les derniers Dodos, voués à disparaître
alors que la photo est partout, dans chaque moment de notre vie ?
Nous avons le pouvoir, chacun d'entre nous, photographes, agences, éditeurs,
rédacteurs de magazines, publicitaires, de nous interroger et d'agir.
Les deux premiers peuvent décider de ne pas vendre si le prix proposé
est trop bas et sans rapport avec le travail fourni, les autres peuvent décider
d'acheter les photos juste un peu plus cher.
Inimaginable ? Non, il y a d'autres exemples. Des milliers de consommateurs
sont prêts à payer leur café 30 % de plus parce qu'il est
est équitable et que ce prix juste permettra à de petits producteurs
et à leur famille d'avoir une vie décente.
Lorsque l'on achète une image 1 euro, permet-on au photographe une vie
décente?
Pour arriver au salaire minimum mentionné plus haut, il faut vendre 1000
images, (2000 si les images sont vendues par une agence). Combien d'images doivent
être produites pour en vendre 2000? En tout cas plus que ne le peut un
seul photographe par mois!
Si les photographes ne peuvent pas vivre de leur travail, ils vont disparaître.
C'est une évidence. Dans le meilleur (ou le pire) des cas, ils continueront
la photo comme un hobby.
Qui fournira alors, les photos de nos magazines, de nos livres? Des grosses
agences photographiques internationales propriétaires de leur fonds qui
imposent une vision unique du monde et des amateurs...
Amateur n'a rien de péjoratif sous les touches de mon clavier. Le photographe
amateur fait des photos parce qu'il a rêvé devant des images de
professionnels et il a mis sa patience et sa passion à tendre vers l'excellence
que représentait ces modèles. Cependant l'amateur, par son statut
même, n'a pas les exigences du photographe professionnel. Exigences de
rentabilité financière, puisque son revenu vient d'autres sources
et exigence créative, car il a le choix de ne produire que des images
qui lui font plaisir.
Le corolaire de cette situation, c'est la disparition de la plupart des photographes
qui faisaient par leur nombre et leurs multiples créations la richesse
des fonds photographiques. Cette perte de talent, d'originalité et de
diversité ne va pas se voir tout de suite. On s'habitue facilement à
la banalisation des images qu'on nous propose. Le processus a déjà
commencé.
Réfléchissons ensemble à nos responsabilités dans le processus.
Une chose est sûre : pour que la photo soit durable, elle doit être équitable.
Catherine Deulofeu
Fondatrice de l'agence Biosphoto
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